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Q1: Offrir à tous des KWh gratuits ; cette  idée 1 est socialisante !

Réponse B du Crest: Ce n’est pas l’idée « socialisante » d’un État protecteur, mais une idée responsabilisante d’un droit pour chaque humain à son empreinte et d’un devoir de chacun de ne pas la dépasser. C’est une société qui repense son rapport avec la nature et ses besoins énergétiques.L'idée 1 s'inspire du débat actuel sur le  revenu de base inconditionnel (revenu uiversel) défendu par des élus de droite comme de gauche. L'idée 2 ne fixe pas la plage d'utilisation de la monnaie temps. Vous seriez partisan que les 150 premiers kWh soient obtenus contre du  volontariat ? Ou que les 150 kWh ne soient pas à 0€ mais à 0,05€? C'est à chiffrer dans l'étude puis à débattre par les experts puis les citoyens !


Q2: Ce n'est pas l'idée 1 qu'il faut, c'est un investissement public massif qui coûtera à l'Etat mais sera rentable à long terme.

Réponse BdC: J’étais d’accord avec l’idée d’un grand « programme public », je n’y crois plus. Ce modèle de pensée nous vient de notre culture économique de l’après-guerre, « Nous faisons payer à l’État les investissements collectifs et nous le remboursons plus tard par l’impôt (le nôtre ou celui de nos enfants) »[1].
Aujourd’hui la politique est soumise à la finance, les gouvernements (depuis  les accords de Grenelle de 2007) peuvent parler de grands projets de rénovation, impossible pour la France de s'endetter de plusieurs centaines de milliards ! [2]
Pour illustrer, cette politique de rénovation énergétique, voici le cas de M X qui a rénové en 2014 sa maison de plain-pied, d’une surface habitable de 96 m², construite en 1974. La toiture initiale n’était pas isolée et les travaux ont permis d’atteindre une résistance thermique de 6,5 m².K/W. Les anciennes fenêtres étaient en simple vitrage. Elles ont été remplacées par des menuiseries en PVC double vitrage 4/16/4. Le renouvellement d’air est assuré par une ventilation mécanique contrôlée (VMC) double flux avec récupération de chaleur. Le chauffage était assuré par des convecteurs électriques énergivores. À présent, le chauffage est assuré par une pompe à chaleur (PAC) air/eau. Le fluide cède ensuite sa chaleur à l’eau qui alimente le plancher chauffant.
Ce particulier a reçu le prix EDF PACA pour l’exemplarité de sa rénovation écologique. Elle lui a coûté 40 000€, il a reçu une aide de 20 000€ (Anha + défiscalisation). Quel sacré chèque nous faisons par nos impôts à un seul individu !! Individu qui d’ailleurs avec les 20 000€ de reste à charge, au prix de l’énergie actuelle n’aura pas de retour sur investissement avant plus de 15 ou 20 ans. Il le sait bien et reconnaît le faire par esprit écologique, car c’est un cadre retraité de la fonction publique.
Donc NON, attendre un investissement public massif est un rêve nostalgique et le saupoudrage actuel des aides publiques est injuste !
NON, le climat lui n’attend plus.

[1]Cela marchait bien durant les trentes glorieuses puisque la Banque de France s’endettait auprès du Trésor, lequel collectait les impôts et avec un peu d’inflation le tour était joué. L’État finançait ses déficits, les bons du Trésor français étaient un placement considéré comme sûr dans toutes les bourses du monde. Mais depuis 74 (sous la direction d’un ancien conseiller de la banque Rothschild) l’État français ne peut contracter des dettes qu’auprès des banques privées. Et depuis Maastricht il ne peut plus laisser filer l’inflation.

[2]Nous ne sommes pas la Norvège, nous sommes un État sous contrôle des banques privées ayant peur de perdre leur triple A ! D’autant que le montant de ce programme public est important : nous avons besoin de plusieurs centaines de milliards ( mon estimation de 500 milliards= 25 millions de logements à 20 000€ ). Un programme public de l’ordre du quart de notre PIB reviendrait à augmenter notre dette publique nationale d’un quart !


Q3: L'idée 1 est injuste, car les immeubles les plus récents sont déjà plus "sobres" en consommation d'énergie ainsi que les maisons/appartements habités par des populations aisées.

Réponse BdC: Ce sont les programmes publics d'aide que nous avons depuis des années qui sont la cause de cette injustice, cf exemple cité en Q2.  L’État aide les habitants aisés ayant une sensibilité écologique. Renov Éco veut changer cela.
J’ajouterai dans le même ordre d’idée qu’il y a aussi une autre inégalité produite par les programmes publics aux bailleurs sociaux : celle entre les locataires des HLM. En effet, il y a ceux qui habitent dans les HLM rénovés à moindre facture énergétique et ceux dans les HLM encore non rénovés. (Les aides ou prêts aux bailleurs sociaux viennent de la Caisse des Dépôts et la compensation carbone que doivent payer EDF, Total et autres utilisateurs d’énergie fossile via les certificats d’économie d’énergie)


Q4: Comment les efforts seraient partagés entre les riches et les pauvres avec votre idée 1 ?

Réponse BdC: C’est tout l’objet de l’étude Rénov Éco, qui permettra de prévoir les mesures correctives. En faisant attention  à ne pas annuler l’objectif premier: la sobriété énergétique de tous. L’empreinte énergétique forte ne recoupe pas forcément le clivage de classes sociales.


Q5: Jean Marc Jancovici - La mesure "quota de kWh par français" est sympathique en théorie mais inapplicable en pratique dans le système politique "libre" actuel.

Réponse BdC: Le libre-échange actuel n’aime effectivement pas les politiques de quotas, au nom d’une concurrence libre et non faussée. Dernièrement les quotas laitiers et sucres ont été supprimés en Europe. Cependant, des quotas reviennent dans les politiques environnementales :  quotas d’abattage d’animaux ou quotas d’émission de Carbone. Je pense que dans un monde aux ressources finies, il faut penser comment se fait la répartition entre les habitants. Lorsqu’il y a sécheresse il faut des quotas d’eau par usages et par usagers (cf. rationnement de l’eau potable au Cap). Rappelons que Rénov Éco propose une tarification de l’énergie sur 10 ans (maximum 15 ans) afin de réduire d’urgence les émissions de Gaz à Effet de Serre de nos habitations. Ensuite il conviendra de redéfinir la politique énergétique en fonction de nouveaux objectifs, donc éventuellement de supprimer les quotas.


Q6: Guillaume Bastard- Ne pourrait-on pas remplacer le chèque énergie de l'idée 2 par une monnaie locale ?

Réponse BdC: Une monnaie locale complémentaire est un moyen de paiement. Comme l'euro, elle permet de payer des biens et des services et une partie de certains salaires. Son champs d'action est restreint, la monnaie complémentaire ne peut s'échanger qu'entre adhérents de l'association qui porte la monnaie. D'autre part, lors de chaque vente une TVA est perçue et lors du paiement d'un salaire une cotisation sociale est versée (toujours en euros). Les MLC insistent pour bien expliquer que ce n'est pas du paiement au noir.

Dans le cas des 20kWh pour 1h de volontariat. Il s'agir d'une monnaie-temps et non d'une monnaie locale. Ainsi Le chèque énergie ne nécessite pas l'adhésion à une association. D'autre part, Le chèque libellé en kWh comprend déjà les différentes taxes perçues sur l'énergie. Le volontariat n'étant pas un salariat (pas de lien de subordination...etc.), le chèque est comparable à une indemnité non assujettie à cotisation sociale. De plus, comme c'est le cas aujourd'hui, il n'est pas possible de payer un bien ou un service autre que celui d'énergie avec le chèque kWh.

Il reste à savoir, si ce chèque sera nominatif et non échangeable, comme le sont les chèques "barrés" d'aujourd'hui.


Q7: Jean Marc Jancovici - Les quotas de kWh supposent que l'Etat a accès à la consommation unitaire de chaque français, via les consommations de son logement et le nombre de personnes qui y vivent. Le nombre de fonctionnaires qu'il faut affecter au suivi de ces informations n'est pas évalué (mais je soupçonne qu'il est n'est pas mineur).

Réponse BdC:Je pense au contraire que cela ne nécessite pas le travail de fonctionnaires. Il suffit que chaque français désigne le logement principal qu’il occupe et l’attribution des kWh gratuit se fait automatiquement sur la facture de son habitation. Si une personne habite le même mois à deux endroits, elle devra choisir arbitrairement. Par exemple, la facture d’une maison secondaire ne pourra pas avoir de kWh gratuits, si la personne les a attribués à sa résidence principale.


Q8: Echanges avec M Chatelin (Institut NégaWatt)- Les changements de paradigmes : en quoi  Rénov Éco rénove la pensée économique ?

Réponse BdC: Les deux idées s’appuient sur 6 changemenst de "paradigmes"[3]

1 Concevoir la politique de la transition énergétique pour qu’elle incite à la sobriété en tout premier lieu. Prendre comme indicateur le kWh/personne pour piloter la politique énergétique. A côté du kWh/m2 qui permet de mesurer l’efficacité énergétique, cet indicateur est nécessaire pour mesurer la sobriété énergétique.

2- Concevoir qu’une politique économique puisse avoir une durée d’emblée limitée (10 à 15 ans).

3- Vouloir une politique de justice sociale avec un effet redistributif le temps de tous passer le cap de la limitation du réchauffement de la planète à – de 2 degrés.

4- Penser l’équité non plus seulement sur le plan monétaire, mais aussi sur le plan de la consommation d’énergie.

5- Concevoir la politique de la transition énergétique pour qu’elle développe des solidarités rendant plus résilientes les communautés locales. Notamment par le biais des monnaies complémentaires (cf les thèses de B Lietaer dans son ouvrage « the futur of money »).

6- Concevoir la politique de la transition énergétique dans une logique de subsidiarité.

[3]Les collectivités humaines sont régies par des pratiques, des croyances partagées. Un paradigme est une représentation du monde, une manière de voir les choses. Les paradigmes tendent également à différer selon les groupes sociaux et à changer dans le temps.


Q9: Comment calculer l’empreinte écologique ?

L’étude Rénov Éco doit calculer ce paramètre ainsi que 4 autres paramètres (prix bas et prix haut, durée de fixation des prix par l’État, clef de répartition propriétaires-locataires). Pour fixer les idées du lecteur, j’ai proposé 150 kWh/personne/mois. J’ai considéré que la surface minimale par personne doit être de 20 m2.  Ce qui fait pour un logement de Classe B (max=90kWh/m2)  90 x 20 /12mois =150 kWh/mois.

Ainsi si le logement est classe A (max=50kWh/m2), l’habitant peut avoir une surface plus grande = 36 m2

M Chatelin de négaWatt propose un calcul qui justifierait la dénomination d’empreinte écologique. « Il faut atteindre un facteur 5 sur les consommations et les émissions de GES. Selon « Les chiffres Clés du Bâtiment – Edition 2013 » de l’ADEME, la consommation moyenne d’énergie par logements, tous usages, est, en énergie finale (celle que vous payez), de 16 565 kWh/an (chauffage : 61% ; Électricité 19% ; ECS : 12% ; Cuisson : 7% ). Il y avait à ce moment-là 27,8 M de résidences principales, et il y a en moyenne 2,2 personnes/logt. Si bien que l’empreinte écologique mensuelle de chaque habitant vaut : 16 565/5/12/2,2 = 125 kWh/pers/mois »


Q10: Denis Louviot (Nouvelle Donne): Que dire de personnes qui ont acheté une grande maison à proximité de leur lieu de travail pour y loger leur famille nombreuse et dont les enfants ont quitté le logis avant que les parents aient pris leur retraite. Elles seront pénalisés parce qu’elles continuent à habiter une maison trop grande pour eux, même si elle est en catégorie A ou B.

Oui, vous avez raison, il faudra mesurer dans l’étude préalable : Combien sont-ils ? où ? coûts de travaux ?  % dépenses énergétique dans le budget ?...

Vous avez bien compris l’idée 1 de Rénov Éco, il s’agit d’une politique redistributive – avec un système d’éco-taxe de type pollueur-payeur. Le financement de la rénovation des logements des plus pauvres ayant un habitat de classe C à G, se fait par l’augmentation de facture de ceux plus riches qui consomment au-delà de leur empreinte.  

Ainsi, les personnes habitant des « grands » logements  (fort m2/habitant exemple : ayant une maison principale et une maison secondaire, ou une maison unique « très grande ») bien que de classe A ou B (faible kWh/m2) risquent le calcul fait dépasser leur empreinte énergétique (fort kWh/habitant).  C’est le cas 2 exposé à l’onglet « Etude Rénov Eco »

Si ces personnes ne veulent ou ne peuvent pas changer pour un autre  logement, elles auront plusieurs choix.

  • investir pour produire de l’énergie renouvelable (ex PV autoconsommation),
  • augmenter leur sobriété (réduire encore plus clim, chauffage, eau chaude sanitaire..),
  • donner du temps de volontariat à une association agrée,(cf. idée 2)
  • héberger des personnes (dont des étudiants,  travailleurs pauvres ,  réfugiés) qui auront droit chacun à leur empreinte, et pourront apporter un loyer qui compenserait l’éco-taxe
  • payer l’éco-taxe de la surconsommation individuelle, qui sera peut-être calcul fait très « supportable »

Pour montrer ce que pourraient être les résultats de l’étude,  j’ai fixé des paramètres et montré qu’ils générent 90 Milliards de taxe pour la caisse de la transition en première année. Avec ces mêmes  valeurs des paramètres, en moyenne la facture des français passe de 3% du budget des ménages à 8%. L’étude montera peut-être que des personnes dans ces situations (grande maison ou deux maisons) ont souvent des dépenses énergétiques bien inférieures à 3% de leur budget. Avec l’éco-taxe les dépenses énergétiques  passeront à 3% ( voir 6 % maxi ?). Dans ce cas, elles seront loin de connaître la situation de ceux en précarité énergétique (seuil fixé à 10% du budget). 

Je vous invite à télécharger le simulateur, et faire des tests avec votre situation ou celle de personnes que vous connaissez. 


Q11: Denis Louviot (Nouvelle Donne): Un propriétaire modeste bailleur, qui dans le cadre des lois de défiscalisation immobilière, a investi récemment dans un bien de classe inférieure à B, aura encore besoin des loyers pour rembourser son emprunt. Avec l’idée 1, il risque de perdre du revenu (en payant une partie de la facture énergétique) ou devoir investir à nouveau pour rendre son bien performant énergétiquement.

Oui, c’est un effet induit, qu’il faudra mesurer dans l’étude préalable (Combien sont-ils ? où ? coûts de travaux, classes d’habitat ?..). Rénov Eco correspondra peut-être à un changement sociétal. L’immobilier sera moins perçu comme un placement financier évalué à l’aune de sa rentabilité financière. L’immobilier aura pour objectif de loger décemment toute la population en répondant aux engagements de réduction de la consommation énergétique domestique.


Q 12 M Chatelin (Institut NégaWatt) Le Quota gratuit doit être équitable, et 125 kWh d’électricité ou de bois, ce n’est pas la même chose !

Vous avez raison, les prix de l’énergie sont différents. Voici des données Ademe 2015

BOIS BÛCHES                         5,1  c€ TTC / kWh        

BOIS GRANULE SAC               6,8   c€ TTC / kWh        

GAZ DE RESEAU                    7,5    c€ TTC / kWh        

FIOUL DOMESTIQUE               7,3    c€ TTC / kWh        

ELECTRICITE                         15,4    c€ TTC / kWh      

L’équité ne doit plus être vue sur le plan monétaire (cadeau des 150 kWh en € plus important pour l’électricité que pour le bois bûches), mais sur le plan de la consommation de kWh. La raison est que nous avons tous le droit à de l’énergie et le devoir de ne pas empiéter sur le droit des autres personnes et celui des générations à venir.

Concernant le fioul ou le charbon Il semblerait souhaitable que les kWh gratuits ne puissent être déduits des factures de fioul et charbon car ce sont des énergies très émettrices en GES. L’installation de ces chaudières va être interdite prochainement.

Concernant le bois. Vous avez raison ce n’est pas la même chose. Je n’avais pas été assez loin dans l’analyse des conséquences.  Voici ma proposition: s’il y a interdiction localement du chauffage au bois (pour cause de pollution urbaine) nous retrouvons le cas précédent du fioul et du charbon.Sinon, les 150 kWh gratuits soit 0,1 m3 en bois ou 33 kg de granulé auraient un effet positif sur l’emploi dans la filière bois et bénéfique pour l’entretien de nos forêts (si le bois n'est pas importé). Ainsi Le financement par la caisse de la transition de ces kWh serait peut-être non négligeable pour le milieu rural ?


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